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Présence néolithique au Bas-des-Terres, commune d’Yves
par Michel Favre
Les terrassements effectués pour la construction de l’échangeur de l’Air Marin ont montré que, sur toute la zone de sable cénomanien, des éclats de silex et de petits tessons de céramique existent en petite quantité sur toute la surface décapée pour les travaux. Deux sondages pratiqués sur des surfaces où ces vestiges apparaissent plus nombreux se révélèrent négatifs ; un troisième, par contre, permit de localiser une concentration de silex et. tessons associés à du sable noirci par le feu. Il s'agit probablement d'une petite partie d'une aire de chauffage, la plus grande surface étant située sous le chemin de désenclavement bordant le Nord-Est du chantier. La surface fouillée est de 1,2 m2 et le matériel se rencontre mêlé au sable, entre 45 et 54 cm de profondeur, sans structure apparente.
Description du mobilier
1 - Les silex

Ils sont au nombre de 67, dont 16 brûlés ; la moitié d'entre eux sont noirs ou gris foncé. Il s'agit en grande majorité de débris de taille.
21 pièces conservent leur point de percussion. 6 d'entre elles présentent un gros talon ; il s'agit de 5 éclats courts et d'une lame (fig. 5), les autres ayant un talon très réduit (fig. 6, 7 et 10) ou inexistant (fig. 4 et 8). 13 ont un point de débitage préparé par petits enlèvements (fig. 4 et 7), gros enlèvements (fig.5 et 8) ou esquillages (fig. 6 et 10). 2 silex comportent une double patine. Le tri du matériel fait apparaître 6 outils : il s'agit de 3 grattoirs sur lames. L'un d'eux, le n° 1, comporte une retouche oblique en bout et des retouches latérales à droite ; le n° 2 présente des retouches en bout déjetées à gauche et le 3ème des retouches en bouts, perpendiculaires à l'axe de la lame.
Une lame (fig. 5) porte des denticulations latérales sur sa partie avant présentant une usure plus marquée sur le côté droit. Une scie présente des microdenticulations bilatérales (fig. 4). Une autre scie porte des microdenticulations sur un côté seulement et une petite partie lustrée de 16 mm de long ; cette pièce a conservé une large surface de cortex (fig. 8).
2. La céramique

24 tessons ont pu être reconnus. Les pâtes sont homogènes, bien cuites, à dégraissant calcaire céramique ou siliceux, peu abondant et à granulométrie fine.
Fig. 1 : Bord aminci à dégraissant peu abondant composé de calcaire et céramique, forme ouverte, lissage intérieur et extérieur.
Fig. 2 : Bord droit et arrondi, à dégraissant comprenant du sable et des particules de céramique, lissage interne et externe.
Fig. 3 : Bord droit et arrondi, dégraissant céramique et calcaire, lissage extérieur.
Fig. 4 : Bord droit et aminci, de facture grossière, le dégraissant peu abondant est calcaire.
Fig. 5 : Bord aminci de forme évasée, lissé à l'extérieur et à l'intérieur, dégraissant constitué de sable peu abondant.
Fig. 6 : Bord arrondi et rentrant, lissé intérieurement, du sable et de rares particules de calcaire forment le dégraissant.
Fig. 7 : Tesson de panse, lissé extérieurement, présentant un angle et 4 impressions dont 2, profondes respectivement de 1,8 et 1,5 mm, pourraient correspondre à un décor. Dégraissant : sable fin.
Fig. 8 : Tesson de bord provenant d'un vase à paroi épaisse, facture grossière et dégraissant composé de sable et de céramique.
Conclusion
La fragmentation de la céramique et le manque de décor limitent les possibilités de datation de ce site. L'outillage lithique, par contre, présente deux particularités à retenir : des lames minces sont utilisées uniquement pour la confection des grattoirs et le débitage de plusieurs silex s'apparente au style Coincy, largement utilisé à la fin du Mésolithique ; mais les gisements pouvant servir à comparer manquent dans la région, et ce gisement doit être attribué au Néolithique au sens large.
Environnement au néolithique
Le niveau de la mer étant plus bas que le niveau actuel, de 5 à 12 mètres, la "butte" d'Yves devait s'étendre sur une surface bien supérieure à la surface actuelle et de simples vallées pouvaient alors séparer Yves du coteau du Chatelet à St-Laurent et d'Angoute et des Boucholeurs au Nord-Ouest. En direction du Sud-Ouest, le littoral devait être éloigné de plusieurs centaines de mètres des falaises actuelles.
Le site néolithique du Bas-des-Terres apparaît ainsi éloigné des influences marines : il n'a pas été observé de coquillages en déchets culinaires ou servant de dégraissant pour la céramique. L'économie de cet habitat devait être principalement orienté vers les terres.
Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, tome IV, n° 25, janvier 2000, p. 133-136.