La ruine du prieuré de Montierneuf pendant les guerres de religion
par Claude Thomas
Jusqu'à présent on ne savait pas exactement quand, pendant les guerres de religion, le prieuré de Montierneuf à Saint-Agnant avait été saccagé et abandonné par les religieux. L'extrait d'un acte du parlement de Bordeaux, cité dans 1'"Histoire des protestants charentais" récemment publiée (1), lève un grand coin du voile qui occultait cet événement. Avant de citer ce texte disons brièvement dans quel cadre historique se situent les faits.
La troisième guerre de religion fut dans nos régions la plus violente et la plus générale. Les protestants, au faîte de leur expansion religieuse et de leur puissance politique et militaire, menèrent une guerre totale, non seulement en combattant les troupes royales et les seigneurs catholiques, mais aussi en tentant d'éradiquer le catholicisme. En septembre 1568, les principaux chefs protestants se rassemblent à La Rochelle : l'amiral de Coligny, le prince de Condé, Jeanne d'Albret. reine de Navarre, accompagnée du jeune prince Henri. Condé et Coligny proclament la levée générale des protestants des provinces de l'Ouest. Leurs troupes occupent la plupart des villes de Saintonge, de l'Angoumois et du sud du Poitou, y compris Saintes; elles enlèvent Saint-Jean-d'Angély (2). " L'Aunis, la Saintonge et l'Angoumois deviennent un vaste camp retranché adossé à la mer et à la Gironde " (3). Dans cette situation favorable, les protestants vont tenter " d'éradiquer le papisme par l'exécution des prêtres et de ceux qui refusent de se convertir et par la destruction systématique des églises " (4). C'est pendant cet automne qu'à Saintes la cathédrale est détruite à l'exception du clocher ; à Saint-Jean-d'Angély, l'abbatiale et tous les bâtiments du culte catholique sont ruinés. Seul Pons résiste; la ville capitule le 1er novembre, la garnison est massacrée; ne sont épargnés ceux qui peuvent payer rançon.
C'est dans ce contexte que se place l'extrait d'un acte du parlement de Bordeaux reprenant sans doute une supplique d'Hilaire Danglard, prieur commendataire et seigneur de Montierneuf . " ... és mois de septembre et d'octobre derniers passés [1568], tous ses biens dudit prieuré et seigneurie de Monstierneuf luv auroient été prins et saccagés... lequel Danglars ayant esté contraint de se retirer en la ville de Pons avec un sien nepveu... Lad. ville auroit été prinse par assemblée et le château par composition et led. suppliant et son neveu prins prisonniers et mis à rançon par Me Joseph de Valier, naguières conseiller du roy en lad. cour, ensemble leurs chevaulz et armes, le d. suppliant led. de Valier auroit taxé pour la rançon à 500 escuz... et 100 escuz d'emprunt. " (5).
Selon l'auteur, Danglard se réfugia à Bordeaux. Il devint plus tard abbé de Vendôme ; dans l'intervalle ce fut sans doute lui qui fut l'un des aumôniers du roi Henri III, désigné comme " le prieur de Montierneuf ". Quant au prieuré, il fut, semble-t-il, abandonné pour longtemps, car le cartulaire de l'abbaye de Vendôme ne contient aucun acte administratif le concernant pour le dernier quart du XVIe siècle (6).
Notes
(1)
" Histoire des protestants charentais ", le Croît vif, 2001.
(2) Massiou, " Histoire de la Saintonge et de l'Aunis ", La Rochelle, 1836, p. 131-137.
(3) Marc Seguin, " Histoire des protestants charentais ", p. 88.
(4) Ibid., p. 89.
(5) Ibid.
(6) Jacques Duguet, " Le prieuré de Montierneuf à Saint-Agnant ", éd. Société de géographie de Rochefort, 1997, p. 20.
Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, tome IV, n° 28, septembre 2001, p. 363.