Le dolmen des " Vergnaies de Barat " à Moragne
par Frédéric Bouin
Ce dolmen inédit fut découvert le 8 février 1993 au cours du premier labour d'une ancienne prairie marécageuse. Voulant dégager une grosse pierre, C. Gay, aidé de son père J.C. Gay et de M. Pillet mirent au jour une grande dalle calcaire plantée dans le sol. Conscient de son possible caractère archéologique, M. Pillet informa la Société de Géographie de Rochefort qui prévint à son tour le Service Régional de l'Archéologie, qui décidait d'une fouille. Il fallait vérifier s'il s'agissait ou non d'un dolmen et en profiter pour étudier le comblement du vallon au fond duquel se trouvait le site.
Le dolmen fut fouillé du 8 mars au 1er avril, date de son réenfouissement, après qu'il ait été convenu avec le propriétaire du terrain et le fermier que son emplacement ne serait pas labouré.
Le monument, presque totalement enfoui avant sa découverte, fut dégagé des alluvions qui l'ennoyaient, à l'aide d'un tractopelle. Les sédiments furent ainsi enlevés sur environ 1 m de profondeur.
Dès avant la fouille, le dégagement partiel de l'un des montants avait permis de constater que le niveau de l'eau se trouvait à environ 0,60 m de la surface du champ, ce qui nous contraignit à utiliser en permanence une motopompe et à aménager le site en conséquence (construction d'un collecteur tout autour du chantier).
Les travaux de dégagement du mégalithe ont rapidement montré que la pierre retrouvée au cours du labour n'était pas seule, mais faisait partie d'un ensemble de 3 blocs dressés qui limitaient la chambre d'un dolmen. Les deux autres montants, en grès, avaient échappé aux socs de la charrue en raison de leur inclinaison, qui avait placé leur sommet à un niveau inférieur à celui de l'orthostate calcaire, demeuré quasiment vertical. La découverte d'une surface empierrée tout autour de la chambre marquait l'emplacement d'un tumulus. Le caractère archéologique de la découverte fut donc acquis au premier soir de la fouille.
Premiers résultats
Le dolmen
La chambre du dolmen, rectangulaire, orientée nord-ouest/sud-est, est limitée sur 3 côtés par 3 blocs dressés (orthostates). Seule la dalle ouest, calcaire, est encore parfaitement en place. Les 2 autres dalles, en grès, sont légèrement inclinées vers l'extérieur de la chambre. La dalle de chevet était clivée et fragmentée. Un muret en pierre sèche prolongeait l'orthostate D, décrivait une courbe, puis rattrapait l'orthostate B. Un gros bloc calcaire (A), déplacé, devait à l'origine être intégré à l'extrémité ouest du muret.
On pénétrait dans le tombeau après avoir démonté la partie du muret qui se trouvait près de l'angle sud-est de la chambre, côté sud du monument. Un couloir d'accès à la chambre, désaxé à droite, matérialisé en surface du tumulus par 2 lignes de pierres, menait jusque là.
A l'origine, la chambre devait être recouverte par une ou plusieurs dalles disparues. Nous avons pris le parti de ne pas la fouiller, préférant travailler sur l'architecture du monument pour en préciser le type. Le dégagement de la chambre terminé, nous avons donc étudié le tumulus qui l'entourait.
Le tumulus
Nous avons surtout cherché ses limites, d'éventuels parements internes et le couloir qui le traversait pour accéder à la chambre. En avant et en arrière de celle-ci se trouvait un aménagement constitué de pierres posées à plat sur une ou deux assises. Sur les côtés, cet aménagement laissait place à un mince niveau de pierres de petites dimensions.
Nous n'avons pas retrouvé de parement qui limiterait cette surface empierrée, qui pourrait donc être assez dégradée. Rien ne permet d'affirmer qu'elle ait jamais été plus élevée. Elle semble plus ovalaire que circulaire. Nous avons surtout étudié le tumulus au sud de la chambre, à la recherche du couloir qui ouvrait au sud-est. Des parement internes ont été dégagés à l'ouest du couloir.
Le mobilier archéologique
Environ 450 objets ont été découverts, surtout sur l'empierrement situé au sud-est de la chambre. Un peu plus de la moitié d'entre eux sont des silex. Une grande partie d'entre eux provient des terrasses de la Charente. Il y a peu de pièces taillées. Citons comme objet particulièrement caractéristique un long grattoir en silex du Grand Pressigny (détermination P. Fouéré) attribuable au Chalcolithique. Environ 90 tessons de poterie, complètement gorgés d'eau donc très fragiles, ont été retrouvés. Quelques-uns portent un décor attribuable au Campaniforme. L'un d'eux est plus fréquent au Bronze ancien.
Le mobilier lithique et céramique témoigne d'une seule période chronologique, datée de l'extrême fin du IIIème millénaire avant Jésus Christ.
Il faut ajouter à cet ensemble quelques fragments d'os, certains peut-être humains, des dents humaines, des dentales, des charbons de bois et deux pierres apportées par les préhistoriques.
Nous avons découvert des fragments de bois conservés grâce à l'humidité du milieu. La base et les racines de plusieurs arbustes se trouvaient parmi les pierres de calage de l'orthostate ouest. L'un de ces bois présente un biseau malheureusement trop érodé pour pouvoir affirmer son origine anthropique.
Étude du comblement du vallon
Le dolmen n'a pas été construit sur la roche mère, mais sur des alluvions d'origine inconnue. Au-dessus se trouvent 3 niveaux tourbeux, 2 niveaux argileux, des colluvions et le sol actuellement mis en culture. L. Visset a réalisé des prélèvements palynologiques dans toutes ces couches. Nous avons effectué des prélèvements destinés à une étude malacologique (étude des mollusques). Une étude granulométrique apportera peut-être des éléments permettant de comprendre la mise en place des alluvions sur lesquelles repose le dolmen.
Conclusion
Le petit dolmen des Vergnaies de Barat à Moragne, fort intéressant, semble assez particulier dans la région où on ne lui trouve guère d'éléments de comparaison. Il faut toutefois attendre le résultat des analyses (palynologie et C 14 surtout) avant d'être plus affirmatif.
Une des conséquences de cette découverte est l'existence possible d'autres monuments mégalithiques dans les marais de Rochefort en particulier et de dolmens inédits dans les marais de l'Ouest en général.
Remerciements
Je tiens à remercier M. Pillet, qui a bien voulu nous autoriser à fouiller sur son terrain, C. Gay et J.C. Gay, exploitants, la Société de Géographie de Rochefort, plus particulièrement M. Duprat, pour son aide et son rôle dans cette fouille, l'association Archéaunis, et toute les personnes venues nous aider, même un après-midi.
Publié dans Roccafortis, 3e série, tome II, n° 14, septembre 1994, p. 235-237.