Rochefort et le peuplement de nos colonies

par Robert Fontaine


Nous avions rencontré dans le registre des mariages de la paroisse Notre-Dame, à l?année 1763, la trace de nombreuses unions de personnes "destinées à passer aux colonies"; il s'agissait d?un projet de peuplement élaboré par le ministre Choiseul, à Kourou, en Guyane.

Un autre exemple de ce genre nous est donné par le registre des mariages de la paroisse Saint-Louis, pour l'année 1696. On rencontre alors, à plusieurs reprises, la formulation suivante, insérée dans l'acte : "... en la présence et sous la protection de Messire Michel Bégon, conseiller du roi, intendant de la Généralité, qui a reçu l'ordre de sa Majesté de faciliter le mariage de la susdite fille parisienne et de plusieurs autres qui sont restées en cette ville depuis plusieurs mois, d'un plus grand nombre qui avaient été destinées, suivant l'intention de sa Majesté, pour passer aux îles de l'Amérique...".

Ces unions se situent, dans l'année, entre le 6 mars et le 6 août.

Nous en avons relevé 24; 22 sont nées à Paris, 1 est née à Montargis, 1 à Tonnerre. En voici les noms :

- Marie Catherine Goyer, 19 ans, fille d'un procureur au Parlement de Paris

- Anne Lecomte, 19 ans, fille d'un tisserand

- Michèle Randon, 18 ans, fille d'un imprimeur

- Louise Couturier, fille d'un tailleur d'habits

- Jeanne Mesnard, 20 ans

- Françoise Poitevin, 19 ans

- Gillette Calquiier, 20 ans, fille d'un drapier

- Anne Roussel, 23 ans

- Angélique Luneau, 18 ans, fille d'un maître menuisier

- Marie Thérèse Léger, 18 ans, fille d'un cocher

- Anne Sombreau

- Anne Faveau, 21 ans

- Marie Anne Reveil, 19 ans

- Marie Virmandois, 21 ans, fille d'un tailleur d'habits

- Catherine Vincent, fille d'un maître blanchisseur

- Marie Jambon

- Marie Amar

- Catherine Desjardin, fille d'un boucher

- Catherine Rongnant, fille d'un loueur de carrosses

- Marie Jeanne Babin, 28 ans

- Marguerite Renouard, fille d'un boucher

- Claude Breau, fille d'un marchand drapier

- Marianne Villambert

- fille dont le nom n'a pu être relevé.

Leurs époux, âgés de 19 à 27 ans (quand ces renseignements sont portés), sont en quasi totalité des travailleurs manuels, sans doute employés aux travaux de la Marine : 3 journaliers, 5 charpentiers de navire, 6 calfats, 2 cordiers, 2 serruriers, 1 gabarier, 2 boulangers; fait exception un maître perruquier. Quelques-uns sont originaires de Rochefort, seulement 4 mentions. Trois sont venus d'Aunis et Saintonge, 2 de l'Angoumois, 2 du Poitou, 2 des pays de Loire. Un de Clermont en Auvergne, un de Moulins, un de Bordeaux. Bigarrure qui reflète une fois de plus le brassage de la population rochefortaise.

En 1697 (mois d'octobre), deux cas complètent cette liste, avec la formulation déjà relevée  :

- Catherine Philbert, née à Paris, fille d'un fondeur

- Marie Berger, née à Paris, fille d'un marchand joaillier.

 

Note

1. La paroisse Notre-Dame de Rochefort au XVIIIe siècle.

Publié dans Roccafortis, 3e série, tome II, n° 14, sepembre 1994, p. 269-270.