Un claveau sculpté de l'église Saint-Michel
par Jacques Gachina
Saint-Michel, gros village qui, en 1738, aurait compté 37 feux, situé à peu de distance au sud-est du bourg de Pont-l'Abbé-d'Arnoult et rattaché à celui-ci en 1825, était une paroisse à part entière avec son église et qui portait le nom de Saint-Michel-de-l'Annuel, appellation que l'on retrouve orthographiée de différentes façons dans les documents anciens.
Le claveau qui va être décrit a été trouvé lors de la démolition d'un vieux mur dans le village et provient de l'église totalement disparue aujourd'hui. C'est un élément de portail roman entièrement sculpté. Un cordon en fausse torsade borde l'arête inférieure du claveau et se retrouve sous l'intrados.
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Dessin de l'auteur
Le motif principal est un personnage tourné vers la gauche, tenant de sa main droite une longue barbe en pointe et porteur d'une coiffure haute faite de grosses côtes verticales à base arrondie. Une cassure de l'angle supérieur du claveau ampute une partie de la coiffure et du visage, lequel est peu travaillé : bouche à peine esquissée ; nez long et droit ; l'oeil est grand, sans beaucoup de relief.
L'homme est représenté en attitude de génuflexion, le genou droit à terre. Il est vêtu d'une sorte de casaque collante dont le bas se distingue sous le bras gauche, légèrement décolletée, le col étant marqué par un très léger relief avec une petite échancrure ronde sous le menton. Une longue robe qui sort de dessous la casaque complète la tenue vestimentaire. Elle est remontée au-dessus du genou, découvrant la jambe gauche ployée, tandis qu'elle forme des plis amples retombants (de façon peu conforme à la réalité). La partie postérieure de ce personnage se prolongeait sur le claveau contigu, à droite.
Le bras gauche est plié presque à angle droit, tandis que la main tient une grosse " liane " qui semble sortir de dessous la barbe de l'homme et se divise en deux, juste au-dessus de sa main. Une partie remonte et passe sous son bras, alors que l'autre branche, tenue par la main, se termine par trois longues feuilles qui pendent jusqu'au sol. Au-dessus du personnage sont trois grosses feuilles, terminaisons de la branche montante de la " liane " qui se prolongeait, en se recourbant, sur le claveau suivant.
Cette sculpture est bien conservée si l'on excepte la cassure déjà indiquée pour le visage. Trois autres enlèvements de moindre importance sont à noter : l'un affecte la pointe d'une feuille au-dessus du bras gauche du personnage, les deux autres abîment légèrement l'extrémité droite de la fausse torsade.
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Dessin de l'auteur
Un autre vestige de cette église disparue se trouve actuellement en réutilisation dans le mur récent qui clôt la propriété où était situé l'édifice. C'est une pierre ornée d'un motif en " dents de scie ", les dents étant de forme ogivale. Cet élément comprend deux dents complètes et une demi-dent. Sur cette pierre, deux courbures sont observables : l'une, vue de face, suggère une appartenance à une arcature ou archivolte ( ?) surmontant une baie ; l'autre, vue en plan, fait pressentir son positionnement dans un mur arrondi. Un fragment d'une grosse colonne à fût lisse, trouvé dans les mêmes conditions que le claveau, est à signaler.
Le claveau qui vient d'être décrit est un document très intéressant. En effet, si l'existence de l'église de Saint-Michel est bien connue, on ignore, par contre, absolument tout de son architecture, aucun dessin ou plan n'étant parvenu actuellement à notre connaissance. Avec les restes du motif en dents de scie, ce sont les seuls éléments décoratifs que nous ayons, apportant une lueur bien faible sur cet édifice aujourd'hui totalement disparu. Monument qui nous paraît avoir eu au moins un portail qui pouvait comporter plusieurs voussures avec une décoration de fort bonne qualité, comme il en existe sur de nombreuses églises de la région, et que l'on peut attribuer au XIIe siècle.
D'autres vestiges doivent probablement se trouver en réemploi dans quelques murs, ou récupérés par des particuliers sans que nous en ayons connaissance.
Le plan courbe du fragment d'arcature laisse entrevoir un édifice à chevet arrondi, ce qui est courant à cette époque. Quant aux dimensions et plan du monument, seules des fouilles autorisées et bien conduites pourraient apporter les précieux renseignements qui nous manquent.
Publié dans Roccafortis, 3e série, tome II, n° 16, septembre 1995, p. 349-350