Daniel Massiou, historien et publiciste (1800-1854)
par Philippe Duprat et Jacques Duguet
Issu d’une famille implantée à Saintes au XVIIe siècle, Daniel Massiou est né à Rochefort, où il a fait ses débuts dans la magistrature, comme substitut du procureur royal, et décédé à la Rochelle, où il a été pendant une douzaine d’années président du tribunal civil. Ce n’est pas sa carrière professionnelle qui le désigne à l’attention de la postérité mais son œuvre d’historien et son action de publiciste. Son Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, en six volumes, publiée entre 1836 et 1840, a vieilli mais elle demeure un ouvrage consulté, en particulier pour ses nombreuses notes. Aussi " le Massiou " a-t-il sa place dans toute bonne bibliothèque d’érudition. Cette œuvre maîtresse ne lui a d’ailleurs pas suscité que des admirateurs, car il y a exprimé des opinions et pris des positions qui n’ont pas été unanimement appréciées. D’autre part, son tempérament de publiciste s’est exprimé, à partir de 1841, dans la direction politique du périodique La Charente-Inférieure. Cet auteur est en effet un personnage complexe et attachant, dont la riche personnalité mériterait une étude approfondie. Tel n’est pas cependant l’objet de cet article, qui vise seulement à identifier ses ancêtres, à cerner son entourage familial et à reconstituer sa carrière (1).
Les origines
Le plus ancien ancêtre connu, prénommé Jacques, est né vers 1621 et décédé avant 1665 ; nous ne savons rien d’autre sur lui. Ceux des générations suivantes sont des Saintais, qui se marient à Saintes avec des filles de leur ville et décèdent au lieu où ils sont nés. Ils exercent des professions du bâtiment. Ainsi Jean, décédé vers 1705, et Louis (vers 1674-1756) sont tailleurs de pierre. Daniel-Étienne (vers 1704-1766), est " entrepreneur et architecte du roi " (2). Christophe-Daniel, né vers 1727, est le premier de la lignée à quitter Saintes pour Rochefort, où il décède en 1779. Il maintient cependant la tradition familiale, puisqu’il est qualifié " entrepreneur à Rochefort " dans son acte de mariage, à l’Houmée, en 1755, avec Gabrielle Bertrand née dans cette paroisse vers 1725 (3). Ses premiers enfants, nés à l’Houmée ou à Rochefort, entre 1756 et 1759, décèdent jeunes. Les deux derniers naissent à Rochefort : Daniel en 1762 et Pierre-François en 1765. Ils rompent avec la tradition, Daniel s’installant à l’Houmée comme propriétaire foncier, Pierre-François optant pour le service public en qualité d’employé civil de la Marine. Ces derniers sont respectivement oncle et père de Daniel Massiou.
L’oncle Daniel Massiou, notable à l’Houmée et à la Vallée
On le repère à l’Houmée en 1781, à l’âge de 19 ans (4). En 1785, il signe un acte de mariage au même lieu (5), où il épouse, le 8 juillet 1788, Marie-Madeleine Privat née dans la paroisse en 1767 (6). Peu après, le 25 août suivant, il baptise son premier enfant, une fille nommée Marie-Louise Françoise. Dans la même année, il assiste au mariage de François Privat, maître de gabare à l’Houmée, qui doit être un proche parent de sa femme (7).
En 1789, à l’occasion de la préparation des États Généraux, on le voit engagé dans l’action publique. C’est ainsi que, qualifié alors de bourgeois, il est l’un des deux habitants de l’Houmée députés pour " l’assemblée des trois ordres de la sénéchaussée principale de Saintonge tenue à Saintes le 16 mars " (8). En 1793, on le rencontre comme " agent national " (9). Le 18 brumaire an III (8 novembre 1794), il figure parmi les trois experts désignés par " les citoyens habitans de la commune de la Vallée " pour effectuer le partage des communaux de la commune de Saint-Hippolyte (10). Il est maire de la Vallée de 1809 à 1813 (11), de l’Houmée de 1808 à 1816 et de 1821 à 1824 (12). Il n’achève pas son dernier mandat. L’adjoint Louis Catrou le remplace le 23 août et le 11 novembre 1824. C’est lui qui reçoit une ordonnance royale, datée du même 11 novembre, qui supprime la commune de l’Houmée et en répartit le territoire entre Beurlay et la Vallée (13). Daniel Massiou est probablement alors très affaibli car il décède peu après, le 20 mai 1825, à l’âge de 63 ans.
Il est qualifié tantôt entrepreneur, tantôt propriétaire, tantôt bourgeois. En 1792, le curé de l’Houmée le dit propriétaire de deux métairies (14). C’est en cette qualité de propriétaire qu’il figure, en 1800, dans l’acte de naissance de son neveu Daniel. Il a su manœuvrer avec habileté pour se maintenir comme notable sous plusieurs régimes.
Le père Pierre-François Massiou et la sœur par adoption, Jeanne Zoé
Pierre-François Massiou naît à Rochefort, le 5 octobre 1765. En 1788, à l’Houmée, il assiste au baptême de sa nièce Louise-Françoise Massiou, fille de son frère Daniel (15). A près de 35 ans, le 30 mai 1800, il épouse à l'Houmée Marie-Catherine Raymonde Gignoux, née à Rochefort le 22 décembre 1771. Le 30 décembre suivant lui naît un fils, Daniel. Il est alors " employé civil de la marine ". En 1805, il séjourne à l’Houmée où il rédige des actes d’état civil (16). Il est dit commis de marine au mariage d’une fille adoptive Jeanne Zoé, en 1818, et propriétaire au mariage de son fils Daniel, en 1823. A cette dernière date, âgé de 58 ans, il est peut-être en retraite. Il décède à Rochefort, le 26 juillet 1833.
Nous ignorons quand il a adopté une Jeanne Zoé, déclarée à sa naissance, à Rochefort, comme " enfant de la patrie ", fille de Marie Joubert, âgée de 20 ans, et de Pierre Faure, capitaine d’infanterie. Jeanne Zoé est née le 1er mars 1799, au domicile de l’accoucheuse Marie-Anne Breuil, rue de la Fraternité, section de l’Est. Une mention marginale de l’acte de naissance signale que, par jugement du tribunal civil de Rochefort rendu le 22 janvier 1818, " il a été ordonné que l’acte de naissance ci-contre serait rectifié " et que, " en conséquence, les expéditions à délivrer doivent porter : Marie Catherine Raymonde Gignioux et Pierre François Massiou, commis d’administration de la Marine, au lieu de Marie Joubert et Pierre Faure, capitaine d’infanterie, établi par erreur ". Cette rectification d’état civil a été effectuée en vue du mariage de Jeanne Zoé avec René Primevère Lesson, le botaniste bien connu, qui a eu lieu à Rochefort le 13 mai de la même année (17).
Daniel Massiou
Il voit le jour à Rochefort, le 30 décembre 1800, " à une heure du soir ". La naissance est déclarée le lendemain, par le père. Le premier témoin est l’oncle Daniel Massiou, dit " propriétaire, âgé de 39 ans, domicilié dans la commune de l’Houmée ". Le second est l’aïeule maternelle, Marie-Anne Girard, veuve Gignoux, âgée de 60 ans, domiciliée à Rochefort, rue Fleurus. L’acte est signé par le père et l’oncle, par la grand-mère, d’une écriture puérile, et par Bernard Faurès, premier adjoint, qui a reçu la déclaration. La grand-mère avait signé " marie anne girard née gig ", quand, s’apercevant de sa méprise, elle a rectifié, au-dessus, " veuve gignoux "
Acte de naissance de Daniel Massiou
L’enfance et l’adolescence de notre auteur nous sont mal connues. D’après son ami Charles Fournier (18), la première se déroule à l’Houmée, dont il gardera toujours la nostalgie. Ses parents cherchent-ils ainsi à l’éloigner de Rochefort dont l’insalubrité est notoire (19) ? Aucun renseignement non plus sur ses études du premier degré. Nous savons seulement qu’il entre " tardivement au collège de Rochefort " , mais quand ? En 1810/1811, quand il a l’âge d’entrer en septième, une école secondaire, fondée par arrêté du 28 janvier 1803, ne dispense de cours que jusqu’à la troisième (20). Toujours est-il que les régents de troisième, Jacques Baril (21), qui enseigne le latin, et surtout Dubois, le marquent d’une emprunte durable. Il n’a pas atteint 18 ans quand il perd sa mère, décédée le 28 septembre 1818, à l’Houmée. Toujours selon Charles Fournier, en 1819 il est impressionné par une brillante plaidoirie d’un jeune avocat rochefortais déjà célèbre et promis à un grand avenir, Jacques Mesnard (22), qu’il décide d’imiter.Aussi gagne-t-il bientôt Poitiers où il est inscrit à l’école de droit, en novembre de la même année. Le 24 de ce mois, il subit une autre épreuve, la perte de sa demi-sœur Jeanne Zoé, emportée à la fleur de l’âge. Il n’en poursuit pas moins son projet, menant de front la préparation du baccalauréat et de la licence en droit. Bachelier le 8 avril 1821, il obtient sa licence le 28 août 1822 et, sans retard, le 4 décembre suivant, il est inscrit au tableau des avocats de Poitiers. Entre temps, en 1820, il a composé un recueil de poésies bucoliques, intitulé La vie champêtre, qui ne sera pas publié, et il a fait la connaissance d’une jeune fille de Poitiers, Laure Thomé.
Désormais installé, il ne tarde pas à se marier. Le 7 avril 1823, à midi, il est devant un adjoint au maire de Poitiers, accompagné de sa promise et de près de vingt personnes. De ses parents, seul son père est présent, sa mère étant décédée depuis près de cinq ans. Laure Thomé, née à Poitiers, âgée de 17 ans, est venue avec sa mère, Félicité Thibaudeau, son père, Joseph Thomé, étant décédé le 6 janvier précédent, à Poitiers, alors capitaine retraité, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Les témoins sont Jean Vincent de Paul Maquet, capitaine de frégate, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, âgé de quarante-cinq ans, cousin de l’époux, Jean Baptiste Couret de Saint- Georges, propriétaire, âgé de cinquante-sept ans, ami de l'épouse, demeurant à Rochefort, Louis Auguste André, avoué, âgé de quarante-quatre ans, oncle de l’épouse, et Henri Thomé, officier, âgé de vingt-sept ans, frère de l’épouse, demeurant à Poitiers.
L’année suivante, le 26 avril 1824, une naissance illumine le foyer : celle d’une fille, prénommée Félicité Laure. Cependant, la désillusion professionnelle est grande. Les clients sont rares et le jeune ménage éprouve de réelles difficultés matérielles. Massiou exprime ainsi son amertume dans une lettre à son beau-frère Lesson datée du 8 juillet 1826 : " cet infernal pays me paraît une plage d’exil où je suis condamné à mourir de faim et de misère ". Son épouse attend alors son deuxième enfant, qui naît le 7 novembre suivant et reçoit les prénoms de Charles Daniel Vincent de Paul.
Les premières années de son mariage laissent ainsi à Massiou assez de loisirs pour fréquenter la bibliothèque publique et les archives où il amasse des documents, pour parcourir la campagne, dessiner les grands monuments et des vestiges historiques. Dans la lettre ci-dessus à Lesson, il annonce qu’il va travailler " en commun avec Édouard (23), à une grande histoire de la Saintonge ", dont il a conçu le projet depuis longtemps.
En 1828, il revient au pays natal, avec l’espoir d’y réussir. Le 1er novembre, il s’installe dans la rue des Trois Maures, au n° 4, au loyer de 400 francs par an, et, le 18, il est inscrit au tableau des avocats. Cependant, le succès n’est toujours pas au rendez-vous ; au bout d’un an, le 7 novembre 1829, pour subvenir à ses besoins il obtient l’autorisation d’ouvrir un cours de droit commercial.
Charles Fournier a affirmé que Massiou se tenait à l’écart de la politique. C’est pourtant un changement de régime qui met fin à son marasme, en l’orientant vers la magistrature. N’aurait-il pas suivi dans ses convictions son modèle Jacques Mesnard qui a eu lui-même des difficultés sous la Restauration, à cause de ses idées libérales ? Toujours est-il que, le 11 octobre 1830, à peine installée la monarchie de Juillet, il est nommé substitut du procureur du roi à Rochefort, poste qui lui permet de donner enfin sa mesure. Il demeure cependant peu dans sa ville natale, car, dès le 14 mai 1831, il est appelé à diriger le parquet des Sables-d’Olonne, où il surmonte avec courage et discernement les difficultés liées à l’insurrection vendéenne de 1831 et 1832. En avril 1835, il est muté à la Rochelle où, le 16 août 1842, il est installé comme président du tribunal civil. La joie de cette promotion est bientôt ternie par le décès de Laure, le 18 septembre suivant, sa fille avec laquelle il avait étudié l'italien et traduit les lettres du cardinal Bertivoglio. Fournier signale ensuite un retrait à Savigny-Lévescault, près de Poitiers, mais sans en préciser ni la cause ni la durée.
Parallèlement à sa carrière juridique, il poursuit ses recherches historiques et archéologiques. En 1834, il est admis à la Société des Antiquaires de l’Ouest, où il publie " La pêche empoisonnée, épisode du règne de Louis XI ", et " Les Santons sous la domination des Romains et des Visigoths ", mais il démissionne en 1840. Entre temps, le 25 février 1836, il est entré à la Société d’Agriculture, des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Rochefort. Partisan de la monarchie constitutionnelle, il prend en 1841 la direction politique du périodique La Charente-Inférieure.
Son œuvre principale, qui lui a survécu, est sa monumentale Histoire politique, civile et religieuse de l’Aunis et de la Saintonge. Entre 1836 et 1840, il publie les cinq premiers tomes. Les volumes 4 et 5 (XVIe et XVIIe siècles) sortent les premiers, en 1836, chez l’imprimeur Raïssac, à Marennes. Puis, en 1838, l’imprimeur rochelais Maréchal reprend l’édition complète (volumes 1 à 5). En 1840 paraît le volume 6, que l’historien a centré sur la Révolution et l’Empire (1789-1815), faisant l’impasse sur la période 1698-1789. D’après son biographe, il a eu peur que le XVIIIe siècle, peu fertile en événements, n’intéresse pas le public. Il faut dire que les cinq volumes précédents ont été un échec commercial dont Massiou a été affecté.
En 1844, il publie Pasticcio (24), recueil de cinq nouvelles à caractère historique, " feuilles éphémères jetées au vent de la publicité périodique (25) [...], innocentes fantaisies, filles de la lassitude et de l’accablement ". C’est l'une d’entre elles, La Fosse au Moine, qui est à l’origine de commentaires pseudo-historiques sur un lieu-dit de Tonnay-Charente (26).
Le 20 octobre 1845, il voit mourir son épouse, après lui avoir fait donner à Paris des soins médicaux qui le mettent au bord de la ruine. Désormais seul, son fils venant de commencer une carrière dans la marine, il est lui-même atteint, en 1847, d’une mystérieuse maladie incurable. Il traverse sans encombre les événements de 1848. Devant l’aggravation des douleurs, il va " prendre les eaux " à Luchon en 1852, puis à Vichy en 1853. Dès lors, miné par la maladie, dans une alternance de crises et de rémissions, il poursuit opiniâtrement sa tâche de magistrat et ses recherches historiques, classant et recopiant jusqu’au bout ses manuscrits. Le premier véritable historien de l’Aunis et de la Saintonge s’éteint à moins de 54 ans, le 7 novembre 1854, à quatre heures du soir, à son domicile de la rue Béthléem, à la Rochelle.
Pour manifester son attachement à sa ville natale, il avait offert le manuscrit original des cinq premiers volumes de son Histoire à la bibliothèque de Rochefort qui le conserve toujours. D’autre part, vingt et un volumes de ses manuscrits ont été offerts à la bibliothèque municipale de la Rochelle par sa bru, Berthe Reimbert (27).
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Stèle funéraire de Daniel Massiou
au cimetière Saint-Eloi, à la Rochelle
Notes
(1) Nous remercions vivement Mme Salomon et M. et Mme Jacques Massiou, sans lesquels cette étude n’aurait pu être effectuée. La première nous a transmis une généalogie des Massiou et des photocopies d’actes d’état civil. Les seconds ont complété et parfois rectifié notre documentation, en nous envoyant une impressionnante liste généalogique, des photocopies d'autres actes et des photos des monuments funéraires de Daniel Massiou, de sa femme et de ses enfants, à la Rochelle.
(2) Il est ainsi qualifié dans l’acte de mariage de son fils Christophe Daniel, en 1755.
(3) Un Nicolas Bertrand, marchand, demeurant à Rochefort, vend une partie d'un pré, dans la paroisse de l'Houmée, le 2 avril 1743 (Dossier de la propriété du Pinier). Est-ce un parent ?
(4) Burgaud, La Vallée, monographie d’une commune de Saintonge, p. 195, note 5.
(5) Ibid., p. 193.
(6) Ibid., p. 195, note 5.
(7) Ibid., p. 99.
(8) Ibid., p. 102.
(9) Ibid., p. 195, note 5.
(10) Ibid. p. 59.
(11) Ibid., p. 116.
(12) Ibid., p. 195.
(13) Ibid., p. 195.
(14) Ibid., p. 195, note 5.
(15) Ibid., p. 194.
(16) Ibid., p. 195.
(17) Jeanne Zoé décédera le 24 novembre 1819, à Rochefort, après un an et demi de mariage, à l’âge de 20 ans.
(18) Une bonne partie des informations sur la vie de Daniel Massiou provient de l’opuscule de Charles Fournier, Daniel Massiou, notice lue à la Société littéraire de La Rochelle en 1855, publiée chez Maréchal, La Rochelle, 1869.
Charles Fournier est l’exécuteur testamentaire de Daniel Massiou. Ses premiers soins consistent à classer chronologiquement les manuscrits, et à les déposer à la bibliothèque de la ville de La Rochelle (ils seront récupérés par le fils de Massiou quelques années plus tard). Il se charge aussi de faire publier deux volumes terminés en 1854 et destinés par Massiou à l’impression, " la collection de tout ce qu’il a pu recueillir de ses articles de journaux et de revues ". C’est pour éclairer l’éclosion de toutes ces oeuvres, publiées ou non, que Fournier se décide à écrire la biographie de son ami Massiou.
(19) On connaît de nombreux cas d’enfants de Rochefort placés en nourrice dans des communes rurales, parfois assez éloignées.
(20) G.-L. Duprat, Monographie historique de Rochefort-sur-Mer, p. 140 et suivantes.
(21) Voir Philippe Duprat, " La destinée singulière de Jacques Baril (1758-1824 ", dans Roccafortis, 3e série, tome III, n° 21, janvier 1998, p. 262-264.
(22) Jacques Mesnard (1792-1858), installé comme avocat à Rochefort dès 1812, fascine l’auditoire par ses qualités d’orateur. Il plaide notamment dans l’affaire de la Méduse. Suspect sous la Restauration pour ses idées libérales, il connaîtra une carrière glorieuse de magistrat à partir de la monarchie de Juillet dont il deviendra l’un des dignitaires, avant de passer au service de Napoléon III. Il devient vice-président du Sénat en 1852.
(23) Édouard Thomé, son beau-frère. Charles Fournier signale en note :"Depuis que cette notice a été écrite, il m'a été affirmé par un des membres de la famille que M. Édouard Thomé avait eu une grande part dans l'assemblage des matériaux et la rédaction du 6e volume (Note de 1860)" (p. 45).
(24) Pasticcio, par D. Massiou, La Rochelle, A. Caillaud libraire-éditeur, rue du Palais, 28 , 1844 (Urbain Grandier, La Forêt d'Essouvert, Une Conversion, La Fosse au Moine, La Fontaine Sainte-Eustelle). Le titre italien est un discret hommage à sa fille Laure.
(25) Il avait fait paraître ces nouvelles en feuilletons dans La Charente-Inférieure.
(26) Dans cette première moitié du XIXe siècle, il n’est pas rare que l’historien s’essaie à la fiction littéraire, en faisant appel au récit d’imagination pour évoquer des périodes peu ou mal documentées. Lesson lui-même forge de toutes pièces le récit de la sorcière de la Croix-Béligon, dont il fait une légende remontant à 710, qu’il publie dans les Tablettes des deux Charentes en 1837 (Voir P. Duprat, " A propos de la sorcière de la Croix-Béligon ", Roccafortis, 3e série, tome II, n° 14, septembre 1994).
(27) Revue de la Saintonge et de l’Aunis, tome IX, 1889, p. 399.Publié dans Roccafortis, 3e série, tome IV, n° 23, janvier 1999, p. 53-60, avec illustrations.
À PROPOS DE LA NAISSANCE DE JEANNE ZOÉ MASSIOU
par les mêmes
Dans notre article sur Daniel Massiou , nous avons commis une erreur inexcusable en affirmant, sans preuve, que Jeanne Zoé était une fille adoptive de Pierre François Massiou et Marie Catherine Raymonde Gignioux, les parents de Daniel. En fait, c'était la sœur aînée de Daniel, née avant mariage.
Rappelons donc les données de l'acte de naissance. Jeanne Zoé est née le 1er mars 1799, à Rochefort, au domicile d'une accoucheuse nommée Marie-Anne Breuil, rue de la Fraternité, section de l'Est, qui l'a déclarée elle-même, le 3 mars, comme fille d'une Marie Joubert, âgée de 20 ans, et d'un Pierre Faure, capitaine d'infanterie. Une mention marginale signale que, par jugement du tribunal civil de Roche-fort rendu le 22 janvier 1818, " il a été ordonné que l'acte de naissance ci-contre serait rectifié " et que, " en con-séquence, les expéditions à délivrer doivent porter : Marie Catherine Raymonde Gignioux et Pierre François Massiou, commis d'administration de la Marine, au lieu de Marie Joubert et Pierre Faure, capitaine d'infanterie, établi par erreur ".
Le détail insolite " établi par erreur ", nous a paru suspect mais nous n'avons pas éprouvé le besoin de prendre connaissance du jugement du 22 janvier 1818, qui nous aurait éclairés. Celui-ci a été prononcé sur une requête en rectification d'état civil, rédigée et présentée par l'avoué Duburg, le 9 janvier 1818, qui précise :
" Le sieur Pierre François Massiou, commis d'administration de la marine, et dame Marie Cathérine (sic) Raymonde Gignioux, son épouse, qu'il autorise, demeurant en cette ville de Rochefort,
Ont l'honneur de vous exposer, Messieurs, qu'une fille procréée de leurs œuvres est née le onze ventose an sept (1er mars 1799). Les parties ayant eu, par égard pour elle-même et par respect pour leurs parents, les plus grands ménagemens à prendre, sont parvenus à cacher la grossesse de la demoiselle Gignioux, de manière à ce que personne ne s'en soit apperçu. L'accouchement a eu lieu chez la sage femme, qu'on a été obligé de mettre dans le secret ainsi que deux autres femmes qui en ont eu connaissance.
A cette époque, il était d'usage que toute femme non mariée et enceinte fît la déclaration de son état devant le juge de paix et il était admis qu'on devait faire connaître le père de l'enfant à naître. Cette formalité ne fut point remplie mais, dès le lendemain de l'accouchement, la sage femme fut trouver le juge de paix et, par suite des ménagemens dont nous avons parlé, dit que l'enfant appartenait à Jeanne (sic, pour Marie) Joubert et Pierre Faure, capitaine d'infanterie.
Le treize ventose an onze (sic, pour sept) (3 mars 1799), cette même sage femme se présenta à la mairerie (sic) et fit pareille déclaration, de laquelle il fut dressé acte. Ensuite, elle mit l'enfant en nourrice, aux frais du dit sieur Massiou qui a satisfait à tout ce qui était nécessaire en pareil cas. Et le trente ventose an huit (21 mars 1800), l'enfant fut retiré et demeura quelques temps encore confié aux soins de celle qui l'avait placé chez la nourrice.
Les exposants s'étant décidés à s'unir par les liens du mariage et voulant donner un état à leur fille, ont, par acte de Bourrand, notaire à Soubise, le neuf prairial an huit (29 mai 1800), enregistré le 15 du dit (sic), reconnu positivement que la fille dont est question est la leur. Ils ont de plus présenté au notaire la sage femme et les deux autres femmes dont on a parlé, qui ont certifié, la première que Jeanne Zoë, nom donné à l'enfant dans l'acte de naissance de (sic) treize ventose an sept est bien la même que celle née le onze du même mois et déclarée par elle comme fille de Pierre Faure et de Jeanne (sic) Joubert, pour lui avoir constamment donné ses soins jusqu'au jour du dit acte, la seconde qu'elle a assisté à l'accouchement, que, s'étant toujours intéressée à l'enfant, elle ne l'a pas perdu de vue et que, sur la présentation qui lui en a été faite, elle l'a bien reconnu pour être celui déclaré à la mairerie sous le nom de Jeanne Zoë, et la troisième qu'elle a aussi connaissance de la naissance de l'enfant, qu'elle a été avec le sieur Jamet en faire la déclaration à la mairerie, qu'on lui a donné les prénoms de Jeanne Zoë, que, comme sa marenne, elle ne l'a pas perdue de vue et qu'enfin elle reconnais-sait bien la fille qui lui était représentée pour être la même que celle née le onze ventoze an sept.
Par acte du même notaire et du même jour, enregistré à la même époque, les déposants ont fait rédiger leurs conventions matrimoniales. Par cet acte, ils ont de nouveau déclaré et reconnu que Jeanne Zoë, née le onze ventose an sept et dont l'acte de naissance a été reçu le treize du même mois, est réellement leur fille comme procrée de leurs œuvres, et le dix du même mois (30 mai 1800) ils ont contracté mariage devant l'officier public.
… … Aujourd'hui la demoiselle Jeanne Zoëe Massiou est recherchée en mariage. Ses père et mère désirent lui voir former cette union et, pour y parvenir, ils est indispensable qu'ils représentent à l'officier de l'état civil l'acte de naissance de leur fille, mais ils ne le peuvent sans qu'au préalable il ait été rectifié .
C'est pourquoi, Messieurs, les exposants requièrent qu'il vous plaise dire et ordonner que rectification sera faite sur les registres de l'état civil de cette ville et commune de l'acte de naissance de la demoiselle Massiou et qu'au lieu de Jeanne Zoë, fille de Pierre Faure, capitaine d'infanterie, et de Marie Joubert, il sera substitué Jeanne Zoë, fille de Pierre François Massiou et de Marie Cathérine Raymonde Gignioux, que votre jugement à intervenir sera inscrit sur les registres par l'officier de l'état civil aussitôt qu'il lui sera présenté, que mention en sera faite en marge de l'acte reformé et que cet acte ne sera plus délivré pour l'avenir qu'avec la rectification ordonnée, ainsi que le prescrivent les articles 101 du code civil et 857 du code de procédure civile, et ferez justice ".
Les époux obtiennent satisfaction par jugement daté du 22 janvier 1818.
Ainsi, le 29 mai 1800, les futurs époux se transportent à Soubise, accompagnés de leur fille âgée de quinze mois, et des trois femmes qui sont dans le secret de la naissance, pour que le notaire Bourrand établisse un acte de notoriété reconnaissant Jeanne Zoé comme leur fille. Par la même occasion, ils règlent par contrat leurs " conventions matrimoniales ". Et, dès le lendemain, ils sont à l'Houmée pour la célébration de leur mariage. Il faut dire que, la naissance d'un autre enfant étant prévue pour la fin de l'année, il est temps de se mettre en règle. Cependant, pour l'état civil Jeanne Zoé restera fille de personnages imaginaires jusqu'à ce que le projet de son mariage oblige les parents à reconnaître officiellement leur " faute ". Quant à l'officier d'état civil qui a mentionné en marge que l'acte de naissance avait été rédigé " par erreur ", on s'interroge sur sa motivation.