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Biographie du notaire rochefortais Jacques Bréard (vers 1683-vers 1735)

par Robert Fontaine

Jacques Bréard est né vers 1683, nous ignorons où, fils de Jean Bréard et d’une femme que nous n’avons pas identifiée. En 1696, son père est installé à Rochefort quand il se remarie, avec Catherine Caillaud, dans l’église Saint-Louis. Il est dit alors maître entretenu dans les forges du roi à Rochefort, âgé de 35 ans, fils d’André Bréard, notaire en Poitou. De cette union sont issues Marie-Anne, née vers 1693, avant mariage, Catherine et Marie.

Quand son père décède, le 14 janvier 1704, Jacques n’a pas atteint sa majorité et ses demi-sœurs sont toutes jeunes. Nous ignorons s’il est alors émancipé et qui prend en charge la tutelle des filles. Toujours est-il que l’aînée, Marie-Anne, est mariée dès l’âge de 15 ans, le 17 février 1707, avec un homme de la génération de son père, le notaire René Boujeau, qui a atteint 46 ans. On lui constitue alors une dot de 5 000 livres et on lui attribue 700 livres pour les habits nuptiaux. Dans la même année, Jacques, qui a alors à peine 25 ans, achète la charge de notaire de son beau-frère. Sa marâtre, Catherine Caillaud, décède peu après, le 16 mai 1708.

Quelques jours plus tard, le 21 mai, on substitue à la dot de Marie-Anne le quart de la succession de son père en lui attribuant le quart de la valeur des effets et le quart des fermages des immeubles : deux métairies dans la paroisse d'Echillais, trois maisons et la moitié d’une autre à Rochefort, en ville, une moitié et le tiers d’un quart d’une maison à Saintes.

Jacques Bréard se marie le 17 janvier 1709, à Saint-Louis, avec Marie-Anne Marcellin, veuve d’un écrivain du roi, qui apporte, par contrat, 1 000 livres en argent, bijoux et meubles, lui-même apportant 2 000 livres en " papiers " et en meubles. Sa sœur Marie est ensuite mariée avec Augustin Rémond, sieur de la Caillère ; en 1713, on procède ainsi à un nouveau règlement de la succession, pour attribuer sa part à Marie. Un dernier partage, qualifié définitif, qui met fin à l’indivision partielle, est effectué le 22 novembre 1721, entre les quatre héritiers de Jean Bréard, probablement à l’occasion de la majorité de Catherine, demeurée célibataire. Jacques Bréard reçoit, pour sa part, la métairie de la Ratauderie, à Echillais, des bestiaux évalués à 763 livres, une grande maison et deux petites dans la rue des Charpentiers, l’ensemble évalué à 11 800 livres.

Entre temps, il réalise un certain nombre d’opérations immobilières. En 1713, il acquiert une participation dans une maison de la rue Royale. En 1720, il achète deux journaux de pré en la prée de Rochefort. En 1731, il apparaît comme propriétaire de l’auberge du Chêne Vert, dans le faubourg, qu’il afferme ; il achète une maison à l’angle des rues Dauphine et Saint-Pierre ; il baille à ferme une maison de la rue des Charpentiers. En 1732, il possède une borderie au village de la Vacherie, qu’il afferme également; il achète une pièce de pré dans la paroisse d’Echillais. En 1733, il achète huit journaux de pré dans la même paroisse…

Le 22 octobre 1732, après le décès de son épouse, pour mettre de l’ordre dans ses affaires il fait procéder à l'inventaire de ses biens ; ceux-ci sont évalués à 5 348 livres pour les biens meubles et à 11 735 livres pour les " dettes actives " (sommes prêtées à des particuliers, produits de fermes et de loyers, part dans la ferme des cens et rentes de Rochefort, vente de blé…). Les biens immobiliers consistent en la métairie de la Ratauderie, celle de la Nodonnière, un domaine à la Vacherie, une maison dans la rue Saint-Louis, les auberges du Chêne Vert, de l'Épée Royale et de Notre-Dame.

Le 17 janvier 1734, il se remarie, avec Marie Duport, de Saintes ; il est alors également caissier de la marine. Mais peu après, le 8 décembre, il fait un testament dans lequel il demande à être inhumé en l’église Saint-Louis et ordonne 150 messes de requiem pour le repos de son âme. Pour récompenser sa nouvelle épouse de son assistance, il lui accorde une rente viagère de 100 livres sur la métairie de la Nodonnière, mais il précise qu’elle ne pourra prétendre à rien sur les 5 000 livres qu’il vient de recevoir pour la vente de sa charge de notaire. Il prévoit un certain nombre de dons : 250 livres à Marguerite Marcellin " pour son amitié ", 200 à Élisabeth Marcellin pour la même raison, 100 livres à sa servante Marguerite, 50 livres à une autre Élisabeth, 25 livres de rente pour les pauvres de l’hôpital, 11 ou 12 livres à la veuve Beslier " pour des raisons à lui connues "…

Sa descendance

De son union avec Marie-Anne Marcellin sont issus : René Jacques, né le 7 septembre 1710, décédé un mois plus tard ; Jacques Michel, né le 7 décembre 1711, qui sera écrivain du roi ; Catherine, née le 27 février 1713 ; Marcelin Nicolas, né le 5 juillet 1714 ; Pierre, né le 29 août 1715 ; Marie Élisabeth, née le 18 janvier 1717, décédée à vingt mois ; Marie-Anne, née le 5 avril 1718, décédée à dix mois ; Marie, née le 2 mai 1721, décédée peu après ; autre Marie, née en 1727, décédée à trente et un mois.

De ces nombreux enfants, les registres paroissiaux conservent, entre autres, la trace de Nicolas Marcellin, commis au trésor de la marine, puis receveur de la marine, marié une première fois à Jeanne Élisabeth Boutiron, puis, en secondes noces, avec Marie Matar de Gourville, arrivée à Rochefort depuis seulement un an en 1753, riche mariage où figurent parmi les témoins René Orceau, procureur, Elie Giraud la Montagne, marchand, tous deux beaux-frères de l’époux. De son côté, Jacques Michel Bréard sera conseiller du roi, écuyer, et un de ses fils également écuyer, Jean Jacques, épousera en 1777, à Saint-Louis, Catherine Olive Maisonneuve, fille d’un conseiller du roi et garde-marteau des eaux et forêts. Exemple de réussite sociale s’il en est.

Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, tome IV, n° 25, janvier 2000, p. 164-166. L'auteur est décédé avant d'avoir pu mettre des notes.